Mise à jour 1.11 — L'ombre de la nécropole

La voie de la damnation – page 3

es âmes-en-peine le téléportèrent à l'intérieur de la citadelle et l'escortèrent dans ses profondeurs, à travers une longue suite de couloirs et de salles. Kel'Thuzad savait pertinemment qu'il ne pourrait pas se souvenir de ce trajet. Finalement, loin sous la surface, il pénétra avec les âmes-en-peine dans une immense caverne où régnait un froid si intense qu'il le glaça jusqu'aux os. En son centre se dressait une flèche de roche vertigineusement haute. Un escalier couvert de neige montait en spirale le long de la formation rocheuse.

Toujours accompagné des âmes-en-peine, il entreprit l'ascension. Son cœur battait d'excitation et d'effroi. Quand il comprit que sa progression se faisait plus hésitante, il pressa le pas. Mais sa résolution ne dura pas. Il avait l'impression de traîner un poids derrière lui. À l'évidence, le long voyage à travers Norfendre l'avait plus épuisé qu'il ne le pensait.

Loin au-dessus, au sommet de la flèche, il apercevait vaguement un immense éclat de cristal, sans une trace de neige, qui luisait d'une faible lueur bleutée. Mais aucun signe du nécromancien.

L'une des âmes-en-peine le poussa en avant d'une rafale de vent glacé. Son pas s'était à nouveau ralenti. Il resserra son manteau avec irritation et se força à poursuivre son ascension malgré son manque de souffle.

Un peu plus tard, une bourrasque de grêle le ramena d'un coup à la conscience. Il s'était arrêté au milieu de l'escalier pour s'appuyer sur son bâton. L'air était fétide et suffocant, et il haletait. « Laissez-moi un instant, » parvint-il à dire.

Juste derrière lui, une âme-en-peine répondit : « Le repos nous est interdit. Pourquoi vous l'accorderions-nous ? »

Le visage renfrogné et les épaules voûtées, Kel'Thuzad reprit sa marche en luttant contre l'épuisement. Il leva la tête et vit que le cristal luisant était maintenant plus proche. À cette distance, il ressemblait à un trône irrégulier contenant de vagues formes sombres. Il en émanait une aura de menace presque palpable.

Les âmes-en-peine le frôlèrent et il sursauta en laissant échapper un cri dont les échos rebondirent à travers l'immense caverne. Il saisit les pans de son manteau de ses mains tremblantes et couvertes de sueur froide. Sa respiration lui mettait la gorge à vif, et il ressentit soudain une violente pulsion de faire demi-tour et de partir en courant. « Où est le maître ? » demanda-t-il d'une voix aiguë et chevrotante.

Pas de réponse, si ce n'est la grêle qui le fouettait cruellement. Il trébucha mais reprit son équilibre. Chaque pas rendait maintenant le trône plus oppressant, faisait pencher sa tête et courber son échine. Il pouvait à peine marcher. Peu après, il s'effondra à quatre pattes.

Alors, le nécromancien s'adressa directement à Kel'Thuzad, d'une voix qui ne contenait plus la moindre trace de chaleur. Que ceci soit ta première leçon. Je n'ai pas d'amour pour toi et ton peuple. Au contraire, mon intention est de rayer l'humanité de la surface de cette planète. Et ne t'y trompe pas, j'ai les moyens d'y parvenir.

Implacables, les âmes-en-peine ne lui permettaient pas de s'arrêter. Au-delà de toute humiliation, il abandonna son bâton et se mit à ramper. La malveillance du nécromancien l'écrasait et l'enfonçait dans la neige. Kel'Thuzad tremblait et gémissait, et par les dieux, il s'était trompé… Trompé de façon aussi stupide que totale. Ce n'était pas de l'épuisement, c'était de la terreur à l'état pur.

Tu ne me prendras jamais au dépourvu, car je ne dors jamais, et comme tu aurais déjà dû le deviner, je peux lire tes pensées aussi aisément que tu parcourrais un livre. Tu ne peux pas non plus avoir le moindre espoir de me vaincre. Ton pitoyable esprit est incapable de maîtriser les énergies que je manipule d'un simple caprice.

La robe de Kel'Thuzad était déchirée depuis longtemps, et ses jambières n'étaient assez solides pour résister à la roche glacée et grossièrement taillée de l'escalier. Ses genoux et ses mains laissaient des traces sanglantes sur le sol, alors qu'il luttait pour gravir le dernier tour de marches. Un froid mordant irradiait du trône entouré de brume. Un trône non pas de cristal, mais de glace.

L'immortalité peut être une grande bénédiction. Elle peut aussi être une agonie dont tu n'as pas encore mesuré la portée. Défie-moi, et je t'enseignerai tout ce que j'ai appris sur la douleur. Tu supplieras pour obtenir la mort.

Il était parvenu à quelques pas du trône et ne pouvait plus avancer, cloué au sol par une aura écrasante d'une puissance et d'une haine surhumaines. Une force invisible pesa sur lui et enfonça le côté de son visage dans la pierre inébranlable du sol. « Pitié ! » Il se rendit compte qu'il sanglotait. « Pitié ! » Il était incapable de prononcer d'autres mots.

Finalement la pression se relâcha. Les âmes-en-peine s'écartèrent en voletant, mais il savait que ce serait une erreur de se relever. Et de toute manière, il doutait d'en être capable. Malgré lui, ses yeux cherchèrent son persécuteur.

Une armure de plaques était assise dans le trône. Pas sur le trône, mais bel et bien insérée à l'intérieur de celui-ci. Kel'Thuzad aurait pu penser que l'armure était simplement noire, mais en plissant les yeux, il vit que sa surface ne reflétait absolument aucune lumière. En fait, plus il la regardait, plus il lui semblait que cette armure absorbait toute lumière, tout espoir et toute raison.

Le casque orné et garni de pointes servait visiblement aussi de couronne. Il était serti d'une unique gemme bleue et, comme le reste de l'armure, il semblait vide. Dans l'un de ses gantelets, la silhouette serrait la garde d'une grande épée dont la lame était couverte de runes. La source du pouvoir. La source du désespoir.

En devenant mon lieutenant, tu obtiendras un savoir et une magie qui dépasseront tes rêves les plus ambitieux. Mais en retour, tu me serviras pour le restant de tes jours, dans la vie comme dans la mort. Si tu me trahis, je ferai de toi l'un des décérébrés, et tu continueras à me servir.

Servir cet être spectral – ce roi-liche, comme Kel'Thuzad commençait à le percevoir – lui apporterait sans aucun doute un pouvoir immense… et le damnerait pour l'éternité. Mais cette découverte arrivait bien trop tard. De plus, sans la perspective de la mort, la damnation ne voulait plus dire grand-chose.

« Je suis à votre service. Je le jure, » fit-il d'une voix rauque.

En réponse, le roi-liche lui envoya une vision de Naxxramas. De petites silhouettes en robe noire formaient un grand cercle à l'extérieur, sur le glacier. Leurs bras, visiblement enveloppés de sombres énergies magiques, se levaient et s'abaissaient au rythme d'un chant monotone dont les paroles échappaient à Kel'Thuzad. Le sol sous leurs pieds était agité de secousses, mais ils poursuivaient leur incantation.

Tu iras de par le monde et tu porteras témoignage de mon pouvoir. Tu seras mon ambassadeur auprès des vivants, et tu rassembleras un groupe de personnes partageant tes vues pour favoriser l'accomplissement de mes plans. Par l'illusion, la persuasion, la maladie et la force des armes, tu établiras mon règne sur Azeroth.

À la surprise de Kel'Thuzad, la glace se mit à bouger et à se fendre, et le sommet d'une ziggourat perça le sol gelé. Un bâtiment était en train de surgir de terre. Alors que les silhouettes en robe redoublaient leurs efforts, l'immense pyramide poursuivait son impossible émergence. Des blocs de terre et de glace étaient projetés en l'air comme par une série d'explosions. Bientôt, l'ensemble de la construction fut libéré de l'emprise du sol. Lentement mais sûrement, Naxxramas s'élevait dans les airs.

Et ceci sera ton vaisseau.





Naxxramas

   
   
   

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